Marie (5)

Le lendemain matin, je suis descendu chercher les croissants en sifflotant. J’étais si heureux que rien ne semblait pouvoir m’atteindre. En réalité, je n’avais qu’une crainte : que Marie ne décide de profiter de mon absence pour fuir une nouvelle fois et cette fois-ci disparaître totalement du paysage. Fort heureusement, quand je suis remonté, elle était toujours là, dormant sur le ventre, le visage serein, la respiration tranquille. Durant la préparation du petit déjeuner, je me suis fait une promesse à moi même. D’habitude quand je commence à sortir avec une fille, je suis d’une curiosité maladive, je veux tout savoir de la fille qui partage ma vie et mon lit. Certains pourraient trouver ça malsain mais c’était pour mois l’assurance d’avoir une relation franche et sincère, d’autant plus sincère que j’était moi aussi d’une totale franchise. Le cas Marie était différent : si elle avait eu autant de mal à se faire à l’idée que nous pourrions sortir ensemble, c’est qu’elle avait eu des expériences passées particulièrement douloureuses et lui demander de tout me raconter, c’était prendre le risque de la faire fuir encore une fois et j’ai décidé de ne rien lui demander, de la laisser me raconter, acceptant volontiers de lui servir de thérapie. J’étais à ce point accro à elle que j’en étais rendu à un point où perdre toute dignité, tout sens moral ou tout amour propre me semblait être un sacrifice bien léger. Le petit déjeuner au lit à été rapide, tout simplement parce que nous avions une folle envie l’un de l’autre. Ce fût d’ailleurs à quoi nous nous livrâmes durant les trois jours suivants, nous ne quittions que très rarement le lit et chaque instant où nous étions loin l’un de l’autre était un calvaire. Tout se passait à merveille même si au bout de trois jours de ce régime, nous avons du sortir pour reprendre contact avec la civilisation.

C’était ma plus belle histoire mais aussi la plus étrange, la plus surprenante. Contrairement à d’habitude, je ne me posait aucune question et je me contentait de profiter du moindre instant avec ma belle qui semblait apprécier cette relation, elle si rétive à la vie à deux. Elle allait pourtant me surprendre puisqu’à peine une semaine après le début de notre liaison, elle m’à proposé de venir habiter chez elle, me disant en rigolant qu’elle avait pitié de ma chambre de bonne. J’ai bien entendu accepté, fou de joie et une semaine plus tard, nous étions en plein déménagement, mes quelques affaires allant prendre leur place dans les penderies, la salle de bain et les diverses armoires d’un petit mais coquet studio à deux pas du magasin de vétements où ma belle travaillait. Moi qui avait atteint fait une croix sur tout projet d’avenir pour ne vivre qu’au jour le jour, je me redécouvrai des ambitions, avide de voir le regard de ma belle briller. Elle m’à ainsi convaincue de reprendre mes études de droit que j’avais arrêté il y à de cela cinq ans quand après une énième dispute avec mes parents, j’ai pris mes affaires, quittant Calvi pour Paris où je voulais repartir à zéro. Bien évidement, dans ces cas là, vous pensez que tout va être facile, que vous allez vite vous en sortir, que la rue ce n’est pas pour vous, que vous allez toujours manger à votre faim. Grossière erreur ! Les six premiers mois à Paris furent un calvaire : je trainais d’hôtel minable en auberges de jeunesse quand ce n’était pas un foyer pour jeunes travailleurs, les petits boulots me permettaient à peine de joindre les deux bouts. J’aurais pu laisser tout tomber mais un mot de mon père m’empecha «Minable, tu n’es qu’un minable !». Ce mot me resonnait en permanence dans la tête et il était hors de question que je revienne à la maison car passé le moment des retrouvailles chaleureuses et des pardons, les reproches et les critiques ne tarderaient pas à refaire surface. J’ai fini par trouver un boulot de télévendeur dans une société de vente par correspondance ce qui m’à permis au moins de trouver un vrai logement et de commencer à reprendre pied. Je n’étais pas plus heureux mais au moins j’avais un vrai toit sur la tête, je mangeais à ma faim et parfois je pouvais me faire plaisir comme le jour où je me suis offert un aller-retour vers Londres, une ville d’un dynanisme fabuleux qui me fascina tellement que j’ai même envisagé de m’y installer avant de reculer peut être par peur de revivre ma période noire dont je venais à peine de sortir. J’ai tout raconter en détail à ma belle et elle m’à demandé pourquoi je ne reprenais pas mes études. Je n’ai pu repondre que «Bonne question» et durant les trois jours suivants j’ai ressassé cette question avant de me décider à me réinscrire à la rentrée de septembre en droit pour devenir un jour avocat. C’était à la fois un moyen de prouver à mes parents que j’étais capable de faire quelque chose et cela rendrait ma belle heureuse…….

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